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International:Euroliquid

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Cette page est le compte-rendu d'une réunion de présentation du projet Euroliquid. Cette réunion a eu lieu le dimanche 18 novembre 2012 à Rome, dans le cadre d'un congrès du groupe PPEU ayant pour thème la préparation de la campagne des élections européennes de 2014.

Le compte-rendu de la présentation a été rédigé par marou. Le compte-rendu des débats a été rédigé en anglais par Julia Reda (Jeunes Pirates d'Allemagne), et traduit par Clémencee. Des commentaires personnels ont été ajoutés en italique pour donner des informations complémentaires, n'ayant pas forcément été développées lors de la réunion.

Introduction

Le projet Euroliquid est principalement piloté par des membres du Parti Pirate d'Italie. Eux-mêmes ont récemment décidé de se séparer de toute structure et de prendre l'ensemble de leurs décisions par l'intermédiaire de LiquidFeedback. La réunion s'annonçait donc passionnante par de nombreux aspects.

Présentation

La première partie de la réunion a consisté en une keynote par Carlo von lynX qui a présenté le projet. Pour la première fois, les pirates ont pu avoir un aperçu clair de comment pouvait fonctionner un tel système, de ses tenants et aboutissants, et des motivations derrière chaque décision et concession qui ont amené au système en vigueur en Italie.

Pourquoi LiquidFeedback ?

L'une des motivations de ceux qui poussent le concept de démocratie liquide (et les logiciels prétendant implémenter cette théorie) au sein du mouvement pirate est d'éviter de reproduire les erreurs des autres. En l'occurrence, le mouvement des Verts a tenté au cours des dernières décennies de mettre en place différents systèmes de démocratie directe, sans succès. L'arrivée des nouvelles technologies pourrait cependant changer la donne avec des plateformes comme LiquidFeedback.

Carlo a annoncé que, tous les présents étant au courant de ce qu'est la démocratie liquide, la présentation ne s'étendra pas dessus.

Rappelons, pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce concept, les particularités de cette méthode de prise de décision. Comme dans la démocratie directe, basée sur tous les citoyens (respectivement les adhérents à l'échelle du parti), ils peuvent intervenir à toutes les étapes : soumettre une proposition, proposer des modifications des propositions en discussion, et enfin voter pour la ou les propositions retenues.

Mais contrairement à la démocratie directe, un membre de la plateforme de démocratie liquide peut aussi choisir de déléguer son pouvoir de vote à quelqu'un en qui il a confiance. Cela permet à tous de participer, avec plus ou moins d'implication personnelle ou de confiance accordée à d'autres. Dans tous les cas, la délégation de pouvoir peut être accordée et retirée de manière très fluide.

La démocratie liquide combine donc les avantages de la démocratie directe (chacun peut participer à tous les thèmes de son choix) et de la démocratie représentative (on peut transférer sa responsabilité à quelqu'un d'autre).

D'après Carlo, LiquidFeedback est la seule réelle instance approchant de l'objectif recherché de la démocratie liquide. La raison en est que la délégation de pouvoir est présente, ce qui n'est pas le cas dans tous les logiciels. Plus encore : il est possible de déléguer son pouvoir de vote à une personne différente en fonction de grands thèmes, là où les autres logiciels demandent de tout déléguer à une unique personne.

Les décisions du Bureau aussi ?

Mais le Parti Pirate d'Italie a néanmoins innové en passant l'intégralité de ses décisions par LiquidFeedback. Carlo introduit ce passage en faisant un jeu de mots sur le sigle SPQR, qu'il traduit par "Romans are crazy" ("Les romains sont fous", alors que "Senātus Populusque Rōmānus" signifie "Le Sénat et le Peuple de Rome").

Considérant que le Parti Pirate milite pour un changement du système, le PP-IT a souhaité s'affranchir totalement d'un Bureau élu et le remplacer par une assemblée permanente. L'avantage est une transparence absolue.

Pourquoi ce choix et quelles étaient les alternatives ?

Cette partie de la présentation était probablement la plus intéressante. Carlo a résumé les différents choix d'implémentation du concept de démocratie liquide en 3 principales options :

Légitimité limitée

La première manière d'utiliser une plate-forme comme LiquidFeedback pour prendre des décisions consiste à confier à un petit nombre de personnes le contrôle et la responsabilité de la plateforme. Elles doivent ensuite se porter garants de la véracité des résultats. Les votes sont anonymes et la sincérité des résultats soumise à la confiance envers les responsables de la plateforme.

Cette première proposition rappelle l'utilisation de LiquidFeedback que fait le Parti Pirate d'Allemagne par exemple (vote secret contrôlé par un petit nombre). La différence est que le résultat d'une consultation sur LiquidFeedback au PP-DE n'entre pas en vigueur. Il est tout de même soumis au vote à l'assemblée générale, qui reste seule compétente pour l'accepter... ou pas.

Vie privée limitée

La seconde manière d'utiliser LiquidFeddback pour prendre les décisions consiste à rendre public l'ensemble des votes ainsi que l'identité de tous les inscrits sur la plateforme. Ainsi il n'y a pas de problème de sincérité du scrutin puisque les responsables de la plateforme ne peuvent pas modifier, cacher ou supprimer des résultats et donc manipuler les votes.

Cette proposition est celle retenue par le Parti Pirate d'Italie, où il n'est donc pas possible de participer de manière anonyme ou sous pseudonyme.

Impracticabilité

Une dernière manière serait de ne tout simplement pas utiliser LiquidFeedback ou autre solution électronique, et de voter à l'urne avec des bulletins papiers. Cette troisième option permet de garantir la vie privée (secret du vote) ainsi que l'intégrité du scrutin, mais le Parti Pirate d'Italie ne la juge pas assez pratique, notamment pour prendre des décisions à brève échéance comme il échoit à un Bureau (ce qui serait difficile à contredire).


À titre personnel, la présentation de ces trois options m'a rassuré. Le Parti Pirate d'Italie, ou au moins une partie de ses membres, sont bien conscients des pours et des contres de chaque option. La décision de basculer sur LiquidFeedback a donc été faite en connaissance de cause.

Je serais pour ma part plutôt défavorable au renoncement total au secret du scrutin (option 2), sans pour autant lui préférer l'obligation de faire confiance à un petit groupe d'administrateurs de la plateforme (option 1). Je préférerais voir utiliser LiquidFeedback comme un outil d'élaboration de propositions (comme au Parti Pirate d'Allemagne), ces propositions devant passer par la case assemblée générale avec vote à l'urne pour ceux qui le souhaitent (donc plutôt l'option 3).

Je pense cependant que le vote à l'urne devrait pouvoir être simplifié pour un certain nombre de décisions en cours d'année, avec par exemple le déploiement de plusieurs bureaux de vote à travers le territoire et des votes plus réguliers. C'est-à-dire qu'il faudrait faire évoluer les possibilités de vote physique pour se rapprocher de la "fluidité" offerte par le vote électronique (voir l'amendement dit "assemblées générales décentralisées", qui introduit ce concept, mais reste à développer avant de pouvoir être appliqué).

Quelles caractéristiques en conséquence ?

Le fait de choisir de renoncer totalement à la protection de la vie privée amène un certain nombre de conséquences :

  • Il n'y a plus de vote secret, et l'identité des votants est certifiée et documentée.
  • Il est possible de participer même en ayant des intérêts (lobbying), mais à condition de les rendre publics.
  • Le système conduira à l'émergence d'un « web of trust » (de confiance) visible.
  • Le système est crédible lorsqu'il est présenté comme "participatif" !
  • Le concept de hiérarchie est largement diminué.
  • Les décisions sont plus légitimes que lorsqu'elles sont prises par des parlementaires.
  • Les participants sont assimilables à des politiciens, tous ont une responsabilité devant le public.
  • Certains ne veulent pas mettre leur identtité dans le système et n'y participent donc pas.

Quelle répartition des votes pour un projet européen ?

La présentation est alors revenue sur le sujet principal (Euroliquid) et les débats en cours sur le poids à attribuer aux différents votes. Doit-on faire un vote par pays, par individu, ou un mélange ?

En pratique, le Parti Pirate d'Allemagne ayant plus de trente mille membres à jour de cotisation, ils pourraient décider de la politique du PP-EU à eux seuls en cas de vote par individu. Au contraire, un vote par pays placerait ces trente à quarante mille allemands au même niveau que le millier de français et la vingtaine de milliers de membres d'autres partis pirates européens.

Chaque approche a donc son lot de critiques. Des propositions intermédiaires sont également envisagées (comme un ratio du nombre d'adhérents divisé par le succès du parti dans le pays), mais rien de concret n'a été arrêté. La répartition des votes au sein de chaque pays, qui pourraient éventuellement les distribuer à leur convenance, n'a pas non plus été tranchée.

Cette approche est assez inquiétante. Un projet de répartition des voix par pays pourrait amener certains à ne pas du tout agir de la même manière au niveau national. Imaginons que l'Allemagne et la France aient chacun 50 voix, et qu'à la suite d'un vote les allemand soutiennent à 70% une proposition alors que les français sont 48% à voter pour et 52% à voter contre.

Si l'Allemagne répartit ses votes proportionnellement à son scrutin interne mais que la France décide de tout mettre sur son choix, on pourrait avoir la proposition rejetée par 85 voix sur 100 alors que 61% des votant y étaient favorables. Une répartition des voix par pays, d'autant plus si chacun est libre de les répartir à loisir, aboutira vraisemblablement à un système déséquilibré. Je serais bien plus favorable à un système équitable où chacun a une et une seule voix.

Comment remplace-t-on le Bureau ?

Cette partie de la présentation est également très intéressante. En effet, de l'aveu-même de Carlo von lynX qui présente le système, une politique particulière est appliquée pour les décisions qui relèveraient traditionnellement du Bureau. Ainsi, le Parti Pirate d'Italie a mis en place une procédure de vote rapide, et les membres sont encouragés à déléguer leur pouvoir de vote.

Des zones à forte délégation ont donc été mises en place pour remplacer le travail d'un Bureau élu. Au final, la décision est donc également prise par un petit groupe. La principale différence réside dans une fluidité très importante de la composition de ce groupe qui peut changer à tout moment, contrairement à un Bureau élu pour une durée donnée.

Cette partie est selon moi la clé de la différence entre démocratie directe et liquide. Le Parti Pirate d'Italie, bien qu'il ait poussé à l'extrême le concept d'horizontalité du parti, reconnait ici qu'il n'est pas possible à tout le monde de participer à toutes les décisions.

Ainsi, bien qu'ils aient supprimé toute notion de démocratie représentative en se passant d'un Bureau, ils sont conscients des limites de la démocratie directe et incitent leurs membres à déléguer leur pouvoir de vote. Un petit nombre de membres constituent donc une sorte de Bureau officieux, mais dont la composition est bien plus souple et évolutive que celle d'un organe élu.

Quelle structure légale ?

La fin de la présentation a abordé plusieurs détails matériels, un peu moins intéressants pour le débat. Le projet Euroliquid bénéficiant d'une transparence absolue, il est par exemple proposé de rendre public l'ensemble de la base de données dont il sera donc possible de réaliser des copies ("mirroir"), y compris des « hash » des mots de passe.

Il est envisagé que le projet Euroliquid se constitue en association indépendante du projet de Parti Pirate Européen. Ce dernier est en effet bâti avec une structure permettant de fonctionner rapidement et de bénéficier à court terme des avantages donnés aux partis politiques européens, et devrait donc avoir des objectifs et une composition simplifiés. Les membres en seront probablement les partis pirates nationaux voire régionaux, mais pas des individus.

Une réflexion sur des statuts démocratiques doit également avoir lieu.

Pour aller plus loin

Carlo von lynX termine sa présentation en renvoyant vers sa page : [1]

Débat

Le débat a été assez animé. Les enjeux de la démocratie liquide en général, et de plateformes comme LiquidFeedback en particulier, sont un perpétuel débat au sein de la communauté pirate. Il était donc prévisible que le Parti Pirate d'Italie et ses représentants soient questionnés sur leur démarche et les concessions qu'ils ont faites pour passer toutes leurs décisions par LiquidFeedback.

  • Meeslis (Estonie)

Rendre public le vote est un danger pour la démocratie.

Pondération : il devrait y avoir différents modèles pour les problèmes locaux, européens, mondiaux. Qui décidera quels sujets sont pertinents pour pour l'Europe/Euroliquid ?

  • Gregory (Allemagne, PPI)

Le PPI est en train de lancer un système LQFB pour les sujets du PPI. Chaque pays membre dispose d'une voix. Les débats sur le LQFB du PPI pourraient être mis en relation avec les LQFB nationaux, ainsi le choix du LQFB national des allemands pourrait déterminer comment ce pays va voter au sein du LQFB du PPI.

(NdT : LQFB est l'abréviation de LiquidFeedback, le logiciel de vote employé.)

  • Julia (Allemagne, Jeunes Pirates)

Pourquoi devrions-nous avoir une vérification depuis le tout début ?

  • Carlo (Italie)

Lorsque les gens participent à LQFB ils s'attendent à ce que les résultats lient le conseil d'administration, cela implique une pression sur le conseil : suivre ou ne pas suivre l'avis émis sur LQFB.

Une approche plus structurée est nécessaire. Nous devons d'abord décider ce à quoi doit servir LQFB et ensuite de la façon d'atteindre cet objectif. Si nous appliquons une politique d'utilisation du nom réel, de nombreux pirates refuseront de participer et le modèle maquera de légitimité.

Techniquement, chaque retour quantifié est une sorte de vote et cela implique la nécessité d'une vérification.

  • Sozialpirat

LQFB n'est pas un bon outil pour l'élaboration de textes, mais est utile pour décider de quelles propositions seront votées par une assemblée. LQFB n'est pas un très bon outil de prise de décision, des positions contradictoires peuvent en ressortir. Et, le conseil aura tendance, au lieu de prendre des décision argumentées par eux-mêmes, à appliquer des interprétations extensives, fonction de leur propre avis, de ce que LQFB est supposé avoir déterminé.

La vérification par le web (approche fiduciaire) est utile, mais n'offre aucune garantie contre la manipulation ( double vérification, usage des comptes, ...), le système ne permet pas de validation à 100%

  • Jens

Comment sont désignés les admins ?

  • Carlo

En Italie les administrateurs sont élus, quoi qu'il en soit à Berlin.

  • Daniele

Quand LQFB a été mis en place en Italie, c'était juste une plateforme de test. Au début, les gens ont participé, mais quand le conseil d'administration a dit que c'était invalide, qu'il s'agissait juste d'une plateforme de suggestions, l'assemblée a décidé de donner force d'obligation au système LQFB. Le conseil d'administration a été aboli.

S'il y a un désaccord concernant une interprétation, l'assemblée permanente (sur LQFB) est invité à prendre position et peut lever l'ambiguïté.

Il y a aucune différence entre LQFB et les décisions en assemblée, ce sont les mêmes personnes qui participent.

  • Maxime

Qu'en est-il des langues ? Si nous utilisons l'anglais, nous excluons ceux qui ne parlent pas anglais, les traductions sont coûteuses en temps et de qualité inégales.

Vie privée et transparence sont deux principes fondamentaux des partis pirates. Un équilibre très subtil doit être trouvé. Si l'on inclue que les gens qui sont prêts à souscrire à 100% à la transparence, nous ne sommes pas dans l'équilibre et nous n'obtiendrons pas un échantillon représentatif de tous les pirates. Cela est particulièrement problématique pour les Pirates qui vivent dans des pays avec une forte oppression politique.

  • Carlo

Proposition 1 - Chacun commence dans la langue qu'il préfère, si la proposition devient populaire, elle sera traduite.

Proposition 2 - Les personnes qui ne parlent pas anglais devront déléguer leur droit de vote.

Nous sommes désormais des politiciens, nous devons renoncer à notre propre vie privée, afin de promouvoir notre vision politique de la vie privée. Nous devons faire la différence entre ce que nous proposons pour la société et la façon dont nous organisons nos propres prises de décision. Au regard du témoignage d'un activiste Bélarusse, qui lui a confirmé qu'il est dangereux pour lui de participer à un tel système, il n'est pour autant pas souhaitable de prendre les pays non démocratiques comme plus faible dénominateurs commun des Pirates Européens.

  • Gregory

L'usage de LQFB par le Parti Pirate Allemand a montré que les délégations en chaine amènent à ce que votre vote soit compté différemment de ce qui aurait été souhaitable. La Bavière est en train d'expérimenter un système de délégations préférentielles. Cela montre que nous en sommes encore à un stage expérimental avec la démocratie liquide et LQFB. C'est pourquoi, nous ne devrions pas l'utiliser afin de prendre des décisions, maintenant, mais prendre du recul et le considérer encore comme une expérience en développement.

Un groupe de travail PPI est en train de reconstruire LQFB dans un langage de programmation différent afin de donner aux développeurs la possibilité de modifier le système et d'inclure davantage de personnes au sein de l'expérimentation, la mailing list : [2]

  • Meeslis (Estonie)

En l'absence d'anonymat, les personnes peuvent être influencées (ou forcés de voter dans un certain sens, par leurs employeurs par exemple) Si le parti se développe et la fraction des membres moins actifs augmente, et donc la représentativité de LQFB diminue.

  • Carlo

Les gens qui refusent de renoncer à leur anonymat peuvent toujours influencer la prise de décision des gens qui ont abandonné leur anonymat, en discutant avec eux.

  • Robotica

LQFB peut être améliorée en tant qu'outil, mais Euroliquid en tant qu'organisation doit être indépendant. A l'avenir, si un meilleur outil est disponible, on pourrait passer par cet outil. C'est aisé de convoquer une assemblée générale et de faire voter l'adoption d'un nouvel outil de référence.

  • Samir :

La question concernant l'anonymat n'est pas pertinente, il y a une réponse simple : la cryptographie.

La réunion s'est alors terminée, sans qu'il soit possible de répliquer à Samir (qui raconte n'importe quoi NdMarou).

Développement des questions posées par marou

J'ai pris la liberté de rédiger un compte-rendu plus détaillé de mes questions et des réponses qui y ont été apportées, que je livre en complément du compte-rendu précédent.

La barrière du langage

Une utilisation de LiquidFeedback à l'échelle européenne pose d'évidents problèmes de compréhension entre les pirates européens, qui n'ont pas tous la même langue maternelle. Une solution serait d'imposer l'anglais comme langue de base, mais d'une part cela limiterait l'accès à la plateforme à ceux qui parlent cette langue, et d'autre part tout le monde ne percevrait pas forcément les nuances et subtilités des textes pointus. Une autre approche serait d'organiser des traductions en plusieurs langues des textes débattus, mais cela demande un travail important. Le budget traductions du Parlement européen a été évoqué par certains, qui se chiffre en millions d'euros (de mémoire 40) : difficile d'envisager quelque chose comme ça à l'échelle des partis pirates.

Carlo von lynX propose des pistes pour répondre à ces problèmes. Selon lui, il n'est pas gênant de commencer une consultation dans un seul langage, car si le thème est populaire il pourra être spontanément traduit par d'autres utilisateurs. Par ailleurs, on pourrait inciter à déléguer son pouvoir de vote à quelqu'un qui parle la langue.

Pour ma part, je ne suis pas convaincu par ces réponses, en tous les cas tant que le mouvement pirate n'atteindra pas une masse critique : nous ne sommes même pas capables de traduire nos programmes nationaux entre nous, il faudra du temps avant que nous ayons les moyens de traduire les motions à débattre. Et j'apprécie peu le concept de délégation à outrance : nous avons peu de contributeurs ayant une réflexion de fond sur certains sujets, il serait dommage de nous en priver sous prétexte qu'ils ne parlent pas la langue dans laquelle elle a été lancée (anglais, allemand, français, etc.)

L'abandon de la vie privée

Le mouvement pirate défend des notions qui peuvent apparaitre en opposition à première vue. C'est le cas de la vie privée et de la transparence des institutions publiques : il est possible de trouver un juste équilibre, mais celui-ci est très subtil entre des politiciens qui peuvent magouiller dans l'ombre et des citoyens placés abusivement sous surveillance. Or, par nécessité, cette proposition d'utilisation de LiquidFeedback implique de renoncer totalement à sa vie privée et voir rendus publics son appartenance au Parti Pirate et tous ses choix politiques. Nous connaissons tous plusieurs pirates qui le refuseraient pour protéger leur vie privée. Il y a donc un grand risque, en adoptant un mode de décision qui écarte ceux qui sont le plus attachés au respect de la vie privée, de briser ce subtil équilibre entre vie privée et transparence. J'ai donc mis en garde contre le fait de remettre les clés de la décision à un groupe de personnes dont beaucoup considèreront par exemple qu'elles n'ont « rien à cacher », avec tous les travers que cela peut entrainer.

Carlo répond qu'en rejoignant le Parti Pirate, nous devenons tous des responsables politiques, et devons accepter de sacrifier notre propre vie privée même si nous souhaitons la protéger dans l'absolu. Selon lui, renoncer à la vie privée dans notre cas personnel ne nous empêchera pas de protéger la vie privée dans le cas général.

Je n'ai pas la confiance de Carlo sur ce point. Trop de personnes viennent au Parti Pirate sans connaitre l'importance de la vie privée et ses subtilités. Par ailleurs, si nous élaborons nos propositions politiques en empêchant la plupart des autres de participer, nous allons perdre de nombreux points de vue pour le débat. Il me semble indispensable que tout le monde puisse participer, même ceux qui ne veulent pas afficher leur nom ; sinon nous ne faisons plus de la démocratie.

Les risques de réutilisation à long terme

L'une des principales raisons pour lesquelles cette approche me semble dangereuse, c'est qu'elle accepte et même sanctuarise la disparition du secret du scrutin. Cela pose un souci car, si le Parti Pirate et ce projet EuroLiquid se développent et deviennent populaires, d'autres voudront évidemment l'imiter. Ou, en tous les cas, pouvoir se vanter de faire « comme le projet Euroliquid » pour donner du crédit à leurs propres initiatives, plus ou moins bienheureuses. Or, autant pour certains scrutins le secret du vote ne parait pas indispensable, autant on pourra toujours trouver des exemples où il serait dramatique de le supprimer. J'ai évoqué des pays à l'Est de l'Europe (le cas de la Biélorussie a été mentionné), mais lorsqu'on voit certaines régions de France où se produisent encore aujourd'hui des meurtres politiques (je pense à la Corse par exemple), on est en droit de s'interroger sur les risques de permettre à tous de "vérifier" les votes des autres.

D'après Carlo von lynX, des cas extrêmes comme la Biélorussie ne peuvent pas être pris en compte. La simple participation à un projet comme Euroliquid pourrait valoir de graves ennuis aux citoyens : nous ne pouvons pas réfléchir à un système en prenant en compte les risques qu'il présenterait dans tous les cas extrêmes...

Je persite à penser qu'au premier dictateur qui obligera aussi les citoyens de son pays à voter à scrutin public, on aura du mal à expliquer que c'est grave alors que nous-mêmes ne faisons pas mieux. Et nous allons nous priver de beaucoup de votants.

Conclusion

Cette présentation et le débat autour d'une application « extrême » de la démocratie liquide à partir d'une plateforme LiquidFeedback étaient particulièrement intéressants. Ils mettent en lumière les sacrifices à faire pour parvenir à un véritable système de démocratie liquide électronique, ses avantages et ses inconvénients. Même si l'on est en désaccord avec le choix fait par le Parti Pirate d'Italie, il faut néanmoins reconnaitre qu'il a été fait en connaissance de cause, ce qui n'était déjà pas évident.

En ce qui me concerne, je préférerais que nous n'écartions pas ceux qui souhaitent voter à bulletin secret. Je pense qu'il serait possible de rendre plus fluide notre système décisionnel sans aller jusqu'à supprimer toute notion de vie privée au sein du parti. C'est la raison pour laquelle je m'intéresse plutôt à la mise en place de bureaux de vote décentralisés pour effectuer des votes à bulletins secrets en cours d'année, et à des mécanismes de contrôle des responsables.

Par ailleurs, je redoute l'instantanéité des changements de délégations pour les responsables virtuels du Bureau : il est aisé de faire une campagne de calomnie pour discréditer ponctuellement un adversaire, là où les reproches injustifiés ne tiendraient pas la route dans un procès équitable avec droit de défense. Adopter un fonctionnement trop souple nous amènerait à nous passer de ce principe de droit à un procès équitable et fragiliserait le parti.