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Une réponse aux pseudo-libéraux, d’ici ou d’ailleurs

Il convient de replacer l’étiquette « libéralisme » dans son contexte historique.

En tant que mouvement politique, le[3] a été fortement imprégné par le principe de souveraineté nationale, directement hérité de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789[4], de la Révolution française, et du siècle des lumières. En s'appuyant sur ce principe de souveraineté nationale[5], il est devenu une manière de penser la société politique, puis économique, et in fine, un mode de gouvernance.

Certains libéraux présentent leur doctrine comme un tout, qui serait à prendre ou à laisser, une [6] absolue, qui devrait être autant politique qu’économique, protégeant l’individu de l’État, de la société, et de ses pairs. Dans les faits, on constate qu'alors que les principes de liberté politique présents dans le dogme libéral sont aujourd’hui de moins en moins appliqués, la liberté économique des marchés, la libéralisation des services, et la libre concurrence, dominent autant les Politiques que les théories économiques.

De plus, les libéraux se heurtent à des difficultés conceptuelles lorsqu’ils définissent la liberté avec le paradigme de l'hypothétique individu indépendant, dont l'existence reste à prouver !

Cette vision exprime une négation de la nature sociale de l'être humain, de son interdépendance/interaction permanente.

Comment ne pas prendre en compte la nature conflictuelle des relations humaines, conflits qui provoquent, dans toutes les cultures, la domination des uns et la soumission des autres, un rapport de force entre les individus ? Pourquoi éluder cette exigence de dialogue et de rencontre de nos semblables désireux de s'extirper de l'anonymat des foules ? Sampe1.PNG

Sempe[7] voir : Steinberg[8]

Le libéralisme a remplacé le pouvoir absolu de l’État par le pouvoir absolu des industries, un monopole pour un autre en somme.

L’étiquette « libéralisme » est de plus en plus utilisée de manière dogmatique, exactement à l’image des discours religieux que les libéraux étaient censés combattre. Ici, il n’est plus question de "droit à l’existence" ni d’"égalité des citoyens devant la loi", mais d’autres idéaux philosophiques et religieux que l’on voudrait faire passer pour une science économique. La liberté vue par les libéraux se rapproche d'un idéal religieux chrétien, sur un versant plus philosophique, et d'une réaction à la culpabilité qui a marqué depuis les origines notre civilisation.

Rousseau[9], accusé d’être un adversaire de la liberté par la plupart des libéraux, a su donner des clefs pour devenir plus libre, par la prise de conscience des limites de la liberté individuelle et des contraintes inhérentes à la vie humaine en société. Nier ces contraintes, ce n’est pas être libre pour autant. L'indépendance et l'autonomie, ne requièrent-elles pas une prise de conscience de ce qui, dans la collectivité et au cœur même de notre individualité, (instincts, pulsions, conditionnement) restreint notre liberté, afin de prendre de la distance et de gagner peu à peu en liberté ?

La liberté est toujours relative "aux autres", à notre culture, à nos sociétés. Elle ne peut à mon avis être absolue, à moins de se réclamer d'idéaux qui génèrent des régimes politiques injustes, où une poignée d'individus écrase tous les autres. Sans État, point de domaine public, et point de propriété pour les « dominés », de sécurité ni de justice, de services publics, et de Démocratie[10].

Aujourd’hui, les libéraux sont à mon avis dans l’erreur lorsqu’ils attaquent les étatistes, nient la légitimité des impôts et du pouvoir public. L’État est devenu un de nos derniers remparts contre l’absolutisme qu’il faut protéger, paradoxalement, parce que les lobbys industriels, « État dans l’État » font désormais la loi, sans aucune participation ni contrôle citoyens.

Les états démocratiques ont le mérite d'organiser une structure dans laquelle les pouvoirs sont formellement séparés. Cette structure, qui est en train d’être détruite par les néolibéraux ou les ultra-libéraux, est en danger, et avec elle, les droits et les libertés des citoyens : éducation, vie privée, partage des cultures et des technologies. Vivre ensemble impose de créer des normes communes et de les appliquer. Il n’y a rien de paradoxal dans cette idée, c’est même sur cette base que repose toute organisation humaine.

Il n’y a que les fondamentalistes libéraux qui y voient un obstacle à leur liberté, parce qu’ils se placent du point de vue d’un individu seul ou dominant. Les seuls intérêts particuliers ne réaliseront d’après moi jamais les conditions de la liberté, au contraire ce mode de fonctionnement nous ramènera au féodalisme, à l’insécurité et au chaos. A chaque fois que je discute avec des libéraux convaincus, je suis très étonné de voir à quel point ils sont parfois proches de proposer l’anarchie[11] et la loi de la jungle, comme si le marché pouvait réellement représenter les citoyens, et comme si le pouvoir économique était plus légitime que le pouvoir démocratique.

À la différence de l’anarchie, cependant, dans l’utopie[12] économique libérale on ne trouve plus de notion de responsabilité ou de conscience individuelle. L’individu se retrouve défini par ses instincts « naturels» de consommation. Belle liberté, en effet, que la consommation et le luxe : Triomphes permanents sur les misérables et les faibles, comme le disaitNietzsche[13]!

Rousseau a légitimé l’État par la souveraineté populaire, le contrat social[14] et l’intérêt général. Comme ennemi de la liberté vous trouverez mieux, et d’ailleurs cette manière d’étiqueter un penseur ou un groupe de personnes comme des « ennemis de la liberté » fait penser aux discours des pires extrémistes religieux, ou alors à la politique étrangère de Georges W. Bush.

Les libéraux ont l’habitude de citer des auteurs à tout bout de champ, un peu comme des hommes pieux qui réciteraient les versets d’un livre sacré. Le libéralisme est devenu un dogme aliénant, et aussi une étiquette qui n’a plus vraiment de sens. Relisez donc la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 que vous aimez tant, et voyez à quel point l’État y a été jugé nécessaire pour réaliser la liberté et l’égalité, l’une autant que l’autre..

Un thème fondamental de la pensée libérale consiste à remplacer la relation entre l’État et les citoyens par une morale collective qui serait imposée « sans violence » par la pression sociale. Autant sur le plan de la société civile, je crois à la nécessité de consulter et d’impliquer par la participation les associations, encore qu’il y ait ici aussi besoin de règles de Droit. Concernant les impôts, je pense même que les citoyens, dans certaines limites, devraient pouvoir affecter eux mêmes leur argent là où ils l’estiment nécessaire.

En revanche, lorsque les libéraux parlent de morale qui s’imposerait sans violence, je ne suis pas du tout convaincu. En effet la morale relève pour moi de la conscience individuelle de chaque individu, et elle ne peut donc devenir collective à moins d’utiliser la violence, l’endoctrinement ou le conditionnement médiatique. Ici encore, la « morale » est un produit des religions et des influences bien-pensantes et uniformisantes, et de l’action du pouvoir de l’Église sur les familles, ce qui me fait penser qu’un régime laïc n’est pas possible pour un système de régulation qui reposerait sur la morale. Les règles sociales sont certes nécessaires, mais elles comportent de grands dangers : la pensée unique, le formatage des productions culturelles, et l’exclusion.

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Sur cette question je vous invite à lire Foucault[15] et son histoire de la folie[16] (il existe une version résumée), où il explique comment la morale des familles a toujours été à double tranchant, avec d’un côté la charité dans les hôpitaux généraux des 17emes et 18emes siècles, et de l’autre côté, dans les mêmes établissements, la volonté de punition, de sanction et d’exclusion pour les péchés commis. C’est cette logique qui a conduit à enfermer les chômeurs, les mendiants, les homosexuels, les dépravés, les fils prodigues, les prostituées, les criminels et les fous dans les hôpitaux généraux à l’époque, dans des conditions inhumaines.

Car enfin, l’exclusion sans violence, ça n’existe pas ! Du moment que l’on reconnait la nature sociale des humains, les isoler devient automatiquement une violence qui révolte et rend furieux, ce qui conduit inévitablement à la violence, puis à la contention et à l’enfermement, à la force publique donc. La ligne sur laquelle les libéraux jouent les équilibristes, elle pourrait se représenter comme une morale imposée par quelques uns, faussement consentie, aliénante, souvent irrationnelle, à l’image des conditionnements religieux à l’œuvre tout au long de notre histoire, versus l’organisation par l’Etat de la participation des citoyens, des associations et de la société civile.

En fait ce que je préconise, c’est de recourir au terme d’éthique plutôt que parler de morale et d’aller chercher cette éthique dans les savoirs rationnels de l’Université, tout en impliquant les associations et les citoyens dans l’exercice du pouvoir. La grille de lecture collectiviste/libéral me paraît bien trop manichéenne et théorique, alors que dans la réalité, le problème qui nous préoccupe aujourd’hui est celui du pouvoir d’une oligarchie, des banques, des multinationales et des médias, tous mis en situation de monopole par leur coopération, notamment en terme de prix et de formatage, et qui ont usurpé la souveraineté nationale par l’action des lobbys et de la corruption des institutions.

Je pense que cette souveraineté nationale ne peut plus légitimer l’État parce qu’elle s’est trop éloignée de la volonté du peuple incarnée par les Etats Généraux qui ont présidé à la déclaration des droits de l’homme de 1789. C’est ici que Rousseau devient nécessaire, lorsqu’il parle de souveraineté populaire et de contrat social.

Pour le reste, légitimer la contrainte de l’État est un exercice difficile, avec tous les abus que notre histoire a connu, mais les libéraux ont tort à mon avis de nier la légitimité d’une contrainte émanant d’un État démocratique et républicain, où les contre-pouvoirs sociaux et économiques devraient être en mesure de contrebalancer et de contrôler en toute responsabilité l’éventuelle démesure du pouvoir étatique.

C’est la nature absolue du pouvoir d’une oligarchie, d’un Roi ou d’une morale qui devrait nous rassembler pour la combattre, pour proposer non pas un remplacement de l’État par une morale dominante, mais une éthique rationnelle, critiquable, en évolution, qui guiderait l’État pour mettre en relation le marché, la société civile, les associations et les citoyens. Voici quelques thèmes, pour conclure, qui soulignent les contradictions du libéralisme.

*1) Violence et exclusion :

À un niveau social, nous avons trois formes de violence : violence économique, violence physique et violence symbolique. La violence exercée sur une personne la mène souvent à l’exclusion, à l’aliénation ou au repli sur soi. Je pense qu’avec ou sans État, il y aura toujours quelqu’un pour perpétrer des actes de violence quelle qu’elle soit, mais ça ne justifie aucunement que l’État reproduise ces comportements aveuglément.

En revanche, lorsque vous êtes confronté à des pathologies menant au meurtre ou aux sévices, à l’agression et à la dangerosité pour l’entourage en général, une contrainte devient nécessaire pour maîtriser l’individu. Les psychiatres modernes utilisent aussi aujourd’hui ce qu’on appelle la « camisole chimique ». Pour eux, l’individu est aliéné non pas par la contrainte elle-même, mais par ses propres émotions et pulsions, qui l’ont rendu violent ou incontrôlable.

La Justice, qui est un pouvoir régalien de l’État, impose de donner une réponse sociale en direction des victimes. Ces dernières doivent être indemnisées physiquement et moralement. De la même manière, les aliénés sont des êtres humains avec des droits, tout comme les criminels ou les terroristes par exemple, que l’État doit faire respecter.

Voir :Libéralisme vs "care"[17]

*2) Financement culturel étatique :

Le problème avec la solution du libéralisme économique, c’est que sans État les citoyens ne seront plus que des consommateurs. Aujourd’hui l’État est faible en termes de rayonnement culturel. Il est écrasé par les industries culturelles, en particulier les majors. Celles ci sont réunies en lobby, ce qui les met en situation de monopole. Le consortium des majors domine le marché, écrit les Lois comme Hadopi et décide de la stratégie culturelle de la la France. Le résultat est un appauvrissement des catalogues et un formatage des cultures.

Dans la lutte sans merci dans laquelle les majors se sont lancées contre le partage de fichiers, peut-être que plus d’État, là où il en manque, au niveau du partage et de la fraternité, de la culture, permettrait de relancer une dynamique créative, en pleine course vers la société de l’information.

Cela implique des logiques participatives, et une ouverture vers l’économie du gratuit, qui pourrait s’intégrer à mon avis à la promotion et à l’enrichissement du domaine public. Il suffirait que l’État, sensé représenter la société qu’il régit, encourage la création numérique et la diffusion de toutes les œuvres afin de diffuser plus largement toutes les cultures. En effet la culture est un secteur stratégique fondamental pour notre pays, dont le rayonnement international dépend de la qualité de nos productions artistiques.

De plus le droit de prendre part à la vie culturelle y a une valeur constitutionnelle aujourd’hui entravée par le monopole des majors qui encourage en ce moment l’État à sanctionner le partage de fichiers.

voir : Agir pour la liberté culturelle[18] et Production, diffusion, rémunération ; Les enjeux de l’évaluation des œuvres d’Art.[19]

  • 3) Corruption : trop ou pas assez d’État ?

Je ne suis plus convaincu par la vision stéréotypée de la gauche véhiculée par ceux qui se réclament du libéralisme, alors que le parti majoritaire de la gauche, le PS, est lui-même libéral, dans le sens où il légitime l’économie de marché financiarisée et mondialisée, le basculement de la souveraineté nationale vers l’Europe et l’inscription dans le marbre des principes économiques libéraux.

Les français sont en fait de moins en moins politisés, et ils mettent tous les politiques dans le même panier : corrompus à gauche et à droite, et du coup ils votent de moins en moins.

La grille de lecture gauche/droite est stéréotypée et n’a aucun sens dans la société du partage de l’information. Elle ne fait que nous détourner des vrais enjeux : éthique des marchés et de l’État, stratégies de développement culturel et scientifique, éducation et information, développement durable, etc.

Ce n’est pas la présence de l’État qui me pose problème, mais la manière dont la souveraineté populaire a été usurpée par la classe politique et l’oligarchie dominantes. Je ne pense pas que l’un vaille mieux que les autres, mais je crois que l’État est culturellement trop affaibli, ce qui provoque une baisse qualitative des productions. Autant la liberté d’entreprendre et de diffuser de la Culture ou des technologies, des savoirs, est nécessaire, autant l’État aurait les moyens d’utiliser les médias publics pour diffuser ce qui relève du domaine public et des licences libres, et encourager la création en général.

La où nous seront peut-être en accord avec les libéraux, c’est qu’il y a, dans tous les cas, une nécessité de mettre en place des contre-pouvoirs citoyens, pour contrôler et réguler les orientations stratégiques sur le long terme prises pour le pays, et rapprocher le pouvoir de la société civile, c’est à dire, non pas des marchés monopolistiques,(qui sont déjà introduits au cœur du pouvoir) mais des lieux de production culturelle, des universités, des associations, et d’Internet, pour les enrichir et les renforcer.

voir : République en délabrement : Le stade ultime de la corruption [20]

Par ailleurs, les vidéos de Serge Halimi que voici sont à plus d'un titre éloquentes et lucides:

[21]

[22]

Encore un mot sur le libéralisme : c’est un mouvement que je trouve violent symboliquement et qui est en partie responsable du clivage gauche/droite, et doit pour cette raison être dépassé. Les régressions démocratiques et culturelles sont autant de conséquences du délitement de l’État et de son autoritarisme.

Auguste Frégate.


- Voir aussi

Auteur :Berserk